Les cerises de la Kérisy (conte)

Eva
Album : Eva

2 images
Voir l'album

Les cerises de la Kérisy

Le père Kérisy a fermé les yeux pour la dernière fois hier au soir. Ils étaient mariés depuis 65 ans avec la Marie. Justement hier le Gégé avant de partir, il l’a planté son cerisier et il disait : «Dis quand tu boiras une petite cerise tu penseras à moué » et la Marie qui lui répondait : « Aret don on la bouéra ensemb notre première cerise mon Gégé ».

Pis voilà, elle est venue la faucheuse, mais Gégé il l’attendait… tu peux venir maintenant, je te remercie d’avoir attendu que j’le plante mon cerisier.

Le lendemain à l’aube, la Kérisy, elle l’a découvert son Gégé, il était détendu souriant, on aurait dit qu’il était juste endormi. On l’a mis en terre et quand la Marie est revenue à la maison, dans le jardin, le petit cerisier était devenu en quelques heures un arbre majestueux, il touchait presque les nuages et quant aux cerises, il en était pleins grosses comme des noix.

Marie alla chercher des paniers pour en faire de la goutte ; la première gorgée et chaque autre était pour son Gégé ; elle faisait aussi de la confiture qu’elle vendait au marché le samedi matin. C’était incroyable, son cerisier était connu du village et des alentours pis de plus loin encore. On y venait du nord du sud de l’est de l’ouest, mais la Marie était débordée, tous les jours même les nuits il en venait sans cesse, chaque minute et un soir lorsqu’elle but sa dernière gorgée avant d’aller se coucher, elle entendit :

« Dis referme pas la bouteille, faut que ch’sort »

Marie ne suçait pas que des glaçons, mais là c’était peut-être la gorgée de trop.

« Attends j’arrive »

La cerise dans la bouteille se mit à bouger puis remonter jusqu’au goulot ; quand la cerise est retombée quelque chose était sorti et se tenait debout. Marie cligna des paupières puis se frottant les yeux : « Là il faut qu’y aille me coucher », elle se leva, ferma ses volets, il y avait des dizaines de personnes autour du cerisier qui cueillaient cueillaient…

« Bande de voyous, partez don d’chez moué »

Elle était épuisée, ils étaient trop nombreux

« Marie »

Ben j’entends des voix maintenant, elle regarde fixement la table et en s’approchant, elle voit un p ‘tit bonhomme haut comme un verre de pif.

« Chuis l’esprit de la cerise »

« Oui ben sur » répond la Marie

« Dis j’ai un truc pour te débarrasser des voleurs, fautqu’tu dises :

GRIOTTE, GRIOTTE SI T’Y TOUCHE

CH’JTATTRAPRA COMME UNE MOUCHE

Et tu verras qu’tes voleurs y s front avaler par les griottes et si tu veux les libérer un jour tu n’auras qu’à roucouler par deux fois.

Juste le temps de dire merci que l’esprit disparu en fumée par la cheminée.

Cette nuit-là, le sommeil fut profond, Marie se réveilla avant le soleil, pris son petit déjeuné et avait un peu la bouche pâteuse. Quand elle ouvrit les volets, l’aurore pointait le bout de son nez et des corbeaux picoraient les cerises.

Marie est sorti furieuse et devant son cerisier :

GRIOTTE, GRIOTTE SI T’Y TOUCHE

CH’JTATTRAPRA COMME UNE MOUCHE

C’est alors que les cerises se sont ouvertes comme de grandes bouches et ont avalés tous les corbeaux.

Marie a attendu une demi –heure puis a roucoulé par deux foix. Les cerises ont alors de nouveaux ouverts leurs grandes bouches et recrachèrent les corbeaux tout encerisé qui tombèrent à même le sol. Ils sont repartis quelques secondes plus tard croassant de colère traversant un ciel bleu sans nuages.

« Mon Gégé, si tu voyais ça »

Dans la journée, les voleurs sont venus et discrètement Marie ouvrit la fenêtre et dis :

GRIOTTE, GRIOTTE SI T’Y TOUCHE

CH’JTATTRAPRA COMME UNE MOUCHE

Les cerises ont ouverts leurs grandes bouches et ont avalé tous les voleurs.

Au bout de quelques jours, les disparitions inquiétèrent et on accusa la Marie de Sorcière, que son cerisiers était maudit.

Les villageois sont venus fourches et haches et main pour couper l’arbre ensorcelé et brûler la Marie.

Mais arrivée devant le portail, la Marie les prévient :

« Attention, je vous aurait prévenu, j’veux pas vous faire de mal, j’va vous les rendre vos voleurs mais dites-le à tous, si vous voulez des cerises venez me les demander au lieu de me les voler »

Marie roucoule par deux fois. Les voleurs sont recrachés tout encerisés et s’excusent d’avoir volé.

Un gamine avait tout vu, elle avait huit, neuf ans, elle s’appelait Julienne, c’était ma grand-mère et quand je passe à St Angel dans le jardin de la Kérisy, je regarde, le cerisier est toujours là !

éva  Bano

Blog du niveau intermédiaire |
Lesjardinsdys |
Kkiraa |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | coupetpique
| Cabanonapierre
| Il était une fois dans le m...